Les ZFE transforment le marché des véhicules d’occasion en France

Arrière vue voiture bleu

Un diesel Crit’Air 3 garé dans le 15e arrondissement de Paris ne vaut pas la même chose qu’un diesel Crit’Air 3 garé à Guéret. C’est une évidence, et pourtant le marché de l’occasion met du temps à intégrer cette réalité dans ses prix. Au 1er janvier 2025, la France comptait 39,7 millions de voitures en circulation, et 48,3% d’entre elles roulaient encore au diesel. Ce chiffre serait presque rassurant si on ne regardait pas la ventilation par vignette. Les Crit’Air 3 et au-delà représentent 26,5% du parc national, soit à peu près 10,5 millions de véhicules dont la mobilité urbaine se réduit chaque année un peu plus. À Paris et dans la métropole du Grand Paris, les Crit’Air 3 ne circulent plus depuis janvier 2025. Lyon a suivi le même calendrier. Quarante-trois agglomérations de plus de 150000 habitants appliquent désormais une forme ou une autre de restriction ZFE, et les diesels immatriculés avant 2011 sont les premiers visés.

Diesels Crit’Air 3 : ces occasions qui fuient Paris pour la campagne

Un négociant, qui vend des véhicules d’occasion en Île-de-France depuis une quinzaine d’années, résume la situation avec un pragmatisme assez typique du métier. « J’ai trois ou quatre berlines diesel sur le parc en ce moment, toutes Crit’Air 3, et je sais déjà que je ne les vendrai pas à un Parisien. Le client type maintenant c’est quelqu’un de la Creuse ou du Cantal qui fait 200 kilomètres pour venir chercher une voiture à 4000 euros parce que chez lui elle circule partout. » Ce transfert géographique est peut-être le phénomène le plus significatif du marché de l’occasion en 2025 et 2026. Les véhicules ne disparaissent pas, ils migrent. Les diesels classés Crit’Air 4 et 5, ceux d’avant 2006, avaient déjà amorcé ce mouvement il y a deux ou trois ans quand les premières restrictions sont entrées en vigueur à Paris, Strasbourg et Grenoble. L’extension aux Crit’Air 3 accélère le processus et concerne un volume bien plus important.

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Kilométrage trafiqué : pourquoi la migration brouille l’historique des véhicules

Le problème, c’est que cette migration crée des angles morts pour les acheteurs. Un diesel de 2009 qui a passé toute sa vie à Marseille et qui se retrouve en vente dans le Lot-et-Garonne n’a pas forcément un parcours transparent. Les données de contrôle VIN de carVertical montraient récemment que les annonces de véhicules diesel Crit’Air 3 à Crit’Air 5 en zone rurale avaient sensiblement augmenté depuis début 2025, et que parmi celles analysées, les incohérences de kilométrage étaient environ 15 à 20% plus fréquentes que sur l’ensemble du marché occasion.

Ce chiffre est à prendre avec prudence parce qu’il ne couvre qu’une fraction des transactions, mais la tendance est cohérente avec ce que décrivent les professionnels sur le terrain. Quand un véhicule change plusieurs fois de main en peu de temps, quand il passe d’une métropole à une zone sans restriction, les occasions de maquiller un compteur ou d’omettre des éléments d’historique se multiplient.

Fausses vignettes et vices cachés : les nouveaux pièges de la transaction

Il y a aussi la question des vignettes elles-mêmes. La DGCCRF et Cybermalveillance.gouv.fr ont signalé une recrudescence des arnaques à la vignette Crit’Air depuis le début 2025. Des sites frauduleux reproduisant les codes visuels du gouvernement facturent 30 ou 40 euros un autocollant qui coûte 3,81 euros sur certificat-air.gouv.fr. Mais je trouve que le vrai risque pour le marché de l’occasion est ailleurs. Ce n’est pas tant la fausse vignette, qui reste détectable grâce au QR code sécurisé et au fichier SIV, que la tentation pour certains vendeurs de minimiser l’impact des restrictions ZFE lors de la transaction. Un acheteur peu informé qui récupère un Crit’Air 3 sans comprendre qu’il ne pourra pas entrer dans une quarantaine d’agglomérations, c’est une forme de vice caché qui ne dit pas son nom.

Sophie Renard, contrôleuse technique dans un centre en périphérie de Toulouse, me disait que depuis janvier elle voit davantage de clients surpris par leur classification. « Ils achètent un diesel de 2010 en pensant que c’est encore récent, et quand je leur explique que c’est Crit’Air 3, certains tombent des nues. Le vendeur ne leur avait rien dit, ou avait dit que les ZFE c’était fini parce que l’Assemblée avait voté leur suppression. »

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ZFE : le flou politique qui piège acheteurs et vendeurs

D William car

Cette confusion politique n’arrange rien. En mai 2025, l’Assemblée nationale a effectivement voté un texte visant à abolir les ZFE dans le cadre d’une loi de simplification économique. Le texte doit encore passer en commission mixte paritaire avec le Sénat, puis recevoir la validation du Conseil constitutionnel, et en attendant les restrictions restent pleinement en vigueur. Mais le signal envoyé au marché est contradictoire. Des acheteurs croient que les ZFE vont disparaître et achètent des diesels anciens en pensant faire une affaire.

Des vendeurs utilisent le vote de l’Assemblée comme argument commercial. Et les professionnels sérieux se retrouvent dans une position inconfortable, parce qu’ils ne savent pas eux-mêmes quel sera le cadre réglementaire dans douze mois. En attendant, la métropole du Grand Paris a gelé les verbalisations automatiques jusqu’au 31 décembre 2026, mais les contrôles manuels par les forces de l’ordre continuent. Strasbourg, de son côté, a déjà activé ses caméras LAPI de lecture automatique des plaques.

Cap sur l’Afrique : l’export, débouché final des diesels invendables

L’autre dimension du problème, c’est l’export. Environ 4 à 5 millions de véhicules d’occasion quittent l’Europe chaque année pour l’Afrique, et la France contribue à ce flux avec des milliers de diesels qui ne trouvent plus preneur sur le territoire. En 2019, dernière année pour laquelle les données détaillées existent, plus de 7000 diesel français d’occasion avaient été exportés vers le continent africain sur un total d’environ 11500 véhicules.

Ce ratio a probablement augmenté depuis, même si personne ne publie encore de chiffres consolidés pour 2024 ou 2025. Le port d’Anvers reste la plaque tournante logistique principale, et les pays d’Afrique de l’Ouest absorbent une part significative de ces flux. Un concessionnaire de la région bordelaise, qui préfère rester anonyme parce qu’il travaille avec des intermédiaires d’export, m’a dit que depuis l’extension des ZFE aux Crit’Air 3, les demandes de rachat à prix cassé ont augmenté d’à peu près un tiers. « Des gens appellent avec un diesel de 2008 ou 2009 et ils veulent 3000 euros. Je leur en propose 1500 parce que je sais que ça part à l’export et que la marge est serrée. »

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Dépréciation express : quand un simple changement de département fait fondre la cote

La dépréciation accélérée de ces véhicules en métropole crée une forme d’arbitrage géographique que le marché n’avait jamais vraiment connu à cette échelle. Le même véhicule peut perdre 30 ou 40% de sa valeur simplement en changeant de département d’immatriculation, pas à cause d’un défaut mécanique ou d’un historique douteux, mais parce que la réglementation locale le rend inutilisable une partie du temps. Les immatriculations diesel neuves, elles, ne représentent plus que 4,2% du marché en France au début 2026, un effondrement de 45,8% en un an selon les données disponibles.

Le diesel neuf est en train de mourir, le diesel d’occasion migre vers les zones où personne ne contrôle rien pour l’instant, et entre les deux il y a un vide informationnel que les fraudeurs exploitent. La DGCCRF n’a pas encore publié de bilan spécifique sur les fraudes liées aux ZFE dans le marché de l’occasion, mais les signalements au niveau des préfectures auraient augmenté, d’après plusieurs sources dans l’administration qui ne souhaitent pas être citées nommément.

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Julien Marchand

Je suis garagiste depuis pas mal d’années, et ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est partager ce que je sais. La mécanique, ce n’est pas juste des boulons et des clés, c’est de la logique, de la patience et un peu d’instinct. J’aime aider ceux qui veulent comprendre comment fonctionne leur voiture, leur montrer les bons gestes, les erreurs à éviter. Je crois qu’on apprend vraiment en mettant les mains dedans. Mon but, c’est que chacun puisse prendre confiance, savoir entretenir sa voiture sans stress. Je ne garde pas mes secrets pour moi, parce que la mécanique, c’est fait pour être transmise, pas gardée sous clé.

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